Nicolas Dupont-Aignan pour la livraison des BPC à la Russie

Extrait de Bistro libertés, sur TV Libertés, du 30 mai 2015, avec Nicolas Dupont-Aignan, député-maire de Yerres, président de Debout la France (DlF).

« Quand vous pensez que l’on va gâcher 1 à 1,5 milliard d’euros, rompre l’engagement de la France, avec des dégâts collatéraux considérables, pour ne pas livrer les Mistral [Sébastopol et Vladivostok à la Russie], et que l’on va vendre des avions Rafale au Qatar et à l’Égypte, cela me fait doucement rigoler, quand on sait que le Qatar soutient indirectement Daesh. On est fous ! »

Al. Artamonov : « La France aura à assumer les Mistral ! »

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Article de Sputnik du mercredi 20 mai 2015, par Alexandre Artamonov

En Russie, la décision de l’Elysée d’abroger le contrat des Mistral a provoqué une levée de boucliers généralisée de la part des députés et observateurs politiques.

Le tollé a été encore plus large à cause de l’incompréhension totale de la part des citoyens russes. « Se ficher à un tel point de l’honneur national ! La France a vraiment vécu ! » déclarait intransigeant un chauffeur de taxi qui m’a emmené hier à mon rendez-vous. Madame Dugenou en cause avec ses voisins de palier et les retraités trouvent le sujet encore plus passionnant que les séries télévisées. Et enfin, au niveau qui n’est pas celui du plancher des vaches, au ministère de la Défense, on avoue étudier les avatars de la pensée commerciale française cherchant à minimiser les pertes et sauver les meubles d’un contrat en perdition déclarée.

Cependant la France, elle, réagit. Les politiques, les hommes d’affaires et même — suprême surprise ! — les médias s’insurgent contre la décision à la Marie-Antoinette prise par un président qui, justement, se soucie comme d’une guigne de l’opinion publique française et se moque royalement de la renommée de son pays, pourvu que les maîtres soient contents de lui à Washington. Hautain, il observe Paris à travers les baies vitrées donnant sur un jardin clôturé dans une rue barrée avec des CRS en gardiens des lieux. « Allons ! » a-t-il l’impression d’avancer, « Les chiens aboient et la caravane passe ! » Cette fois-ci seulement, les chiens c’est son peuple, ces « sans-dents » qu’il méprise tant, oubliant que la place de Grève n’est pas tellement loin.

Gilles Lebreton est parmi les politiques honnêtes qui n’ont pas mâché leurs mots pour cracher leur amertume sur le perron dallé du Château. Cet eurodéputé FN se bat à fer émoulu en défendant bravement la France et sa province natale, où les gens n’ont pas l’air de comprendre les beaux messieurs du gouvernement. Il a signé une déclaration qu’il rendit publique, où il dresse le sombre bilan d’une affaire ténébreuse. Selon lui, les Mistral ont donné un coup de canif dans la réputation du complexe militaro-industriel français. Voici ce qu’il nous a confié dans un entretien en exclusivité :

Gilles Lebreton : En effet, je pense que la France est l’un des plus grands pays dans le domaine de l’armement. Donc lorsqu’elle signe des contrats avec des partenaires fiables comme l’est la Russie, elle se doit d’honorer ses contrats et de ne pas interférer dans la livraison, en l’occurrence des deux Mistral. D’autant qu’ici il n’y a pas de motifs valables pour interrompre cette livraison. Le motif qui est pris est celui de la guerre en Ukraine. Mais il y a deux événements différents à mon sens. Il y a d’abord l’affaire de la Crimée ! Mais la population de la Crimée s’est prononcée démocratiquement pour le rattachement à la Russie. J’estime que c’est l’application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et il n’y a pas à revenir là-dessus. J’estime même que l’UE aurait dû participer à la préparation du référendum plutôt que de protester. Le deuxième point, c’est en effet le conflit dans l’Est de l’Ukraine. Cela me paraît plus délicat, mais ce qu’aurait dû faire l’UE plutôt que d’emboîter le pas aux Etats-Unis de façon aveugle, c’était justement de profiter de sa position européenne pour aider la Russie et l’Ukraine à trouver une solution, ce qui n’a pas été fait. Et finalement, on a vu que dans le cadre des accords de Minsk-2, c’est l’Allemagne et la France en tant qu’Etats qui ont été obligés d’intervenir puisque l’UE a failli gravement.

Vous voyez, j’estime que si on met au clair ces événements-ci, il n’y a pas lieu à prendre le prétexte pour refuser de livrer les Mistral !

Actuellement, il y a deux solutions qui sont à l’étude, la première étant de vendre les Mistral à un autre acheteur. A ma connaissance, aucun autre acheteur ne s’est manifesté pour l’instant. La deuxième solution serait en effet de défaire ces Mistral, ce qui coûterait très cher ! Il y a peut-être une troisième solution qui n’est pas évoquée pour l’instant : ce serait que la Marine française les récupère elle-même. Ce serait peut-être la meilleure solution, puisque nous en sommes là! Les bateaux ayant coûté très cher, autant les utiliser !

Je rajouterais que l’avantage de cette dernière solution si la France les reprenait pour elle, ce serait que l’on ne peut exclure une embellie future dans les relations entre la France et la Russie. Cela nous permettrait éventuellement dans l’avenir d’essayer de rattraper le coup, si je puis dire. Le président Hollande est extraordinairement impopulaire. Il y a la présidentielle dans deux ans. Je pense qu’il va les perdre. Nous sommes, entre la France et la Russie, dans une phase qui, malheureusement, n’est pas bonne sur le plan de nos relations. Mais il n’y a pas de raisons que les choses ne s’embellissent pas très prochainement! Par le passé, la France et la Russie ont eu de bonnes relations. Et il n’y a pas de raisons que cela ne puisse se reproduire.

Sputnik : On est en rapports permanents avec toute l’équipe FN en Bretagne  Jean-Claude Blanchard, Christian Bouchet et d’autres personnalités  tout le monde pense qu’il y a gros à perdre pour la France en matière de renommée en tant qu’un armurier mondial fiable. Qu’en pensez-vous ?

Gilles Lebreton : Vous avez raison d’évoquer cet aspect. Sur le plan de notre industrie d’armements, c’est assez catastrophique l’image que l’on donne, puisque l’on va décourager nos acheteurs. Il est évident qu’on ne tient pas notre parole vis-à-vis de la Russie. Et demain si d’autres Etats sont tentés de signer des contrats pour la construction des navires à Saint-Nazaire, ils peuvent être amenés maintenant à réfléchir et peut-être à se tourner vers d’autres pays comme, par exemple, la Corée [du Sud], qui est un grand fabricant des navires de guerre. Moi-même j’ai été à Saint Nazaire parler à des ouvriers et je peux vous dire que là-bas il y a une très grande inquiétude pour l’avenir.

Commentaire de la rédaction. Gilles Lebreton a cent fois raison de fustiger le gouvernement incompétent qui dirige la France et qui vend des éléphants trompant énormément une nation crédule. Ainsi donc, la note s’avérerait autrement plus salée par rapport aux prévisions de M. Bricolage. C’est que les Russes ont largement contribué à la construction des malheureux navires : ils ont livré une grande partie des deux coques et les mécanismes qu’ils entendent récupérer maintenant.

Qui plus est, chaque jour de non-livraison coûte la peau de fesses au mouillage dans la zone portuaire. Les chantiers trinquent et la note augmente. Selon les esimations d’un analyste militaire russe rompu à ce dossier épineux, le minimum à casquer s’élèverait à plus de 3 milliards d’euros en cumulant tous les dommages et intérêts prévus par le contrat.

Cependant l’audit international avance que la Défense russe pourrait faire valoir quelques clauses du contrat qui n’auraient pas été encore rendues publiques au niveau national en faisant plafonner le chiffre à plus de 5 milliards d’euros ! Le budget de la République a-t-il les réserves pour en assumer le coût ? Et il y a pas mal de têtes brûlées parmi les politiques russes qui proposent de négocier avec la France en tenant compte que la livraison d’armements en Syrie et en Ukraine où la France est tout sauf la colombe de la paix !

La suggestion de Gilles Lebreton de trouver preneur pour ces bateaux-orphelins pourrait s’étoffer via la Chine qui, elle, serait en passe de réfléchir à cette acquisition. Si le tout se ficèle, la Chine les aurait à bas prix, un peu comme la ligne de production de l’avion régional Fairchild-Dornier bradée par les Allemands à Pékin pour quatre sous il y a douze ans de cela. La Russie pourrait récupérer les bâtiments dans un port chinois moyennant une petite commission mais pour un prix largement inférieur par rapport aux dommages et intérêts qu’elle présenterait à la France. Résultat: Moscou fera payer à Paris une plaisanterie qui a tourné court. Comme quoi on ne badine pas avec les Russes !

Libération : « France-Russie, Mistral perdants »

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Article de Libération du vendredi 15 mai 2015, par Pierre Alonso

DÉCRYPTAGE — Paris a offert de rembourser une partie des navires. Une option pour l’heure rejetée par Moscou.

Les chiffres arrivent sur la table des négociations. Entre la France et la Russie, le contentieux autour de la livraison de deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) a commencé il y a plus d’un an. Reprochant à Moscou son implication auprès des séparatistes prorusses en Ukraine, la France a longuement hésité avant de suspendre la livraison des Mistral. Restait donc à trouver une «solution de sortie de crise»,annoncée par François Hollande mi-avril : la date limite pour dénoncer le contrat arrive à échéance ce samedi.

Selon le quotidien russe Kommersant, Paris a fait une proposition pour résilier officiellement l’accord : revendre à un tiers les deux navires en échange du remboursement de 785 millions d’euros. Réaction, plus que fraîche, de Moscou, citée par Kommersant : «La proposition de remboursement formulée par la France ne nous convient catégoriquement pas, ce dont le vice-Premier ministre, Dmitri Rogozine, a informé [la partie française].»

«Entretien». A vrai dire, les deux points posent problème. Question remboursement : la commande de Moscou s’élevait à 1,2 milliard d’euros. Auxquels s’ajoutent les frais engagés pour adapter ses équipements portuaires à l’arrivée des deux bâtiments militaires et la formation de ses 400 marins. Côté navires, le Vladivostok est toujours amarré à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) alors qu’il devait être livré à l’automne. Et le Sébastopol, qui sera achevé dans les prochaines semaines, n’a pas été payé en intégralité. Le Kremlin a versé 890 millions d’euros, et chiffre son préjudice à 1,163 milliard. Loin des 785 millions proposés par Paris, à en croire la presse russe. Que faire, ensuite, des navires ? Les garder dans le port de Saint-Nazaire est ruineux. «Il faut payer la location du quai, le gardiennage à bord et l’entretien. », dit Nathalie Durand-Prinborgne, déléguée Force ouvrière (FO) des chantiers navals de STX France à Saint-Nazaire. Les évaluations du coût mensuel varient, mais il dépasserait largement le million d’euros. La France ne voudrait donc pas s’éterniser.

François Hollande a confié les négociations à Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, qui s’est déjà rendu en Russie. Paris souhaite que Moscou accepte le principe de la revente à un tiers. Mais à qui ? Les deux BPC ont été construits en fonction des besoins spécifiques des Russes : adaptation de la hauteur des ponts à leurs hélicoptères, systèmes de dégivrage pour affronter le grand froid, installation électrique aux normes russes… «Quelques dizaines de millions d’euros. » seraient nécessaires pour les défaire, avance une source chez DCNS, maître d’œuvre de la conception des Mistral. Le marché pour ce genre de bâtiments militaires n’est pas immense non plus. Ni l’OTAN, ni l’Union européenne n’ont le budget pour un tel achat. Et la Marine nationale française en possède déjà trois. Les navires pourraient donc être purement et simplement démantelés. Une opération coûteuse et peu flatteuse en termes d’image.

Croisière. Seul motif de satisfaction pour les chantiers de Saint-Nazaire : le carnet de commande s’est rempli ces derniers mois avec des paquebots de croisière, dissipant les inquiétudes des syndicats, très remontés par la suspension des livraisons des Mistral. «Les salariés de STX n’étaient pas du tout responsables de la situation : il n’y avait pas malfaçon, pas de retard, c’était une décision de politique étrangère. », rappelle Nathalie Durand-Prinborgne. Une interrogation demeure néanmoins, ajoute la syndicaliste : «S i la non-livraison est intégrée aux résultats de STX par le commissaire aux comptes, ce ne sera pas bon pour les garanties bancaires.»

Pierre Alonso

Asselineau (UPR) favorable à la livraison des BPC aux Russes

Extrait d’une interview de François Asselineau, président de l’Union populaire républicaine (UPR) dans l’émission V-Kontext, par la chaîne télévisée russe IKS-TV Sevastopol, vendredi 8 mai 2015.

IKS-TV Sevastopol : L’avenir des Mistral [Sébastopol et Vladivostok], quel est-il ? Y a-t-il un débat en France concernant cette situation ?

François Asselineau : C’est une décision qui a été prise par le gouvernement français. Mais l’on voit bien qu’il hésite. Notre position, au sein du parti politique que je représente, [l’Union populaire républicaine] c’est que la France doit livrer les Mistral à la Russie, parce que c’est un contrat qui a été passé, qui a été payé. Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie. (…) Le problème c’est que ce sont les autorités américaines qui exigent que la France ne livre pas les Mistral. La question qu’il faudrait savoir, c’est : qui dirige en France ? Est-ce que ce sont les euro-atlantistes, c’est-à-dire Washington et l’Union européenne, qui dirigent la France, ou est-ce que c’est le peuple français. Nous estimons qu’il faut que ce soit le peuple français qui dirige la France. D’ailleurs, je voudrais dire à nos amis russes que d’après les sondages dont nous disposons, il y a une large majorité de Français qui ne comprend pas pourquoi on ne livre pas les Mistral à la Russie.

L’avenir inquiétant des BPC Mistral de Saint-Nazaire

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Depuis mars 2014, nous alertons régulièrement sur l’issue inquiétante de la livraison des porte-hélicoptères Vladivostok et Sébastopol, construits aux Chantiers STX de Saint-Nazaire, à destination de la marine russe. Hélas, l’actualité nous donne de plus en plus raison !

Il n’est pas utile de revenir sur notre position relativement à ces deux bâtiments. Nous nous sommes longuement exprimés à ce sujet, tant dans nos communiqués qu’à la demande de médias nationaux et étrangers. Point d’orgue de notre mobilisation, la manifestation Mistral, gagnons ! du 7 septembre dernier, devant l’un des BPC, opposait les patriotes français aux Ukraino-Américains stipendiés, Jean-Claude Blanchard portant notre message au mégaphone.

Résumons cette position par ces quatre mots : « Livrons à la Russie ! »

Mais est-il seulement encore temps ?

Les multiples ajournements de livraison, depuis le premier report de septembre 2014 décidé par François Hollande, président de la République française, au prétexte de la guerre du Donbass, ont à chaque fois fragilisé la position de la France.

La Fédération de Russie, que l’on sait pourtant fidèle aux principes d’une politique étrangère « réaliste », appréhendant froidement les rapports de forces internationaux, a fait preuve d’une esprit de conciliation étonnant vis-à-vis du régime français. Et pourtant, la Russie doit bien mal juger nos dirigeants, de Hollande à Fabius, en passant par Valls… tous inféodés à une géopolitique de « gentils contre méchants », avec l’Union européenne — qui ne veut pas de cette livraison — comme « accélérateur d’atlantisme ».

Le mois dernier, ces mêmes dirigeants étaient pourtant capables de vendre des avions Rafale au Qatar… ce dernier finançant sans même vraiment s’en cacher les entreprises djihadistes de l’État islamique en Syrie et en Irak. Comprenne qui pourra !

En face, Vladimir Poutine se montre digne et n’attise pas le mépris, la haine ou même l’opposition a priori contre la France et ses intérêts, notamment commerciaux.

La Russie a certes engagé depuis ces derniers mois un embargo pénible, qui menace d’ailleurs notre agriculture nationale. Mais n’agit-il pas en rétorsion à des mesures appliquées contre son économie ?

Ne combattant pas nos intérêts, Poutine, avance toutefois désormais, depuis la mi-avril, que la livraison des deux BPC n’est pas déterminante pour la Russie. Le régime russe a passé ce contrat pour « aider l’industrie française en difficulté », selon ses déclarations récentes.

Pire, il serait désormais évoqué — nous l’apprenions hier par des indiscrétions du Figaro — le démantèlement pur et simple des deux bateaux, ceux-ci, prévus pour des normes de navigation arctique, n’intéressant pas de potentiels acheteurs brésiliens ou égyptiens.

Les ouvriers de Saint-Nazaire donnant des milliers d’heures de travail pour rien ? Nous ne voulons pas y croire !

S’il veut être à la mesure de son devoir de chef d’État, le président Hollande doit trancher une fois pour toutes : au mieux, assurer la Russie d’une livraison prochaine, au pire, trouver un autre acheteur. Mais l’industrie française, ses ouvriers et ses ingénieurs, ne sauraient admettre que leur travail soit délibérément sabordé dans les eaux troubles de l’atlantisme.

Si nous persistions, du prestige immatériel de la France dans le monde aux sous-traitants industriels de Penhoët, en passant par l’avenir de nos exportations militaires, nous serions tous fragilisés, tous perdants. L’annulation définitive par l’Inde des 126 avions Rafale qu’elle avait commandé il y a trois ans est déjà le premier chapitre de ce livre tragique que nous ne voulons pas écrire.

Mât de misaine

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Éric Zemmour : « J’espère bien que l’on va livrer les Mistral »

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Question à Éric Zemmour, essayiste, autour du Suicide français, concernant la livraison des BPC Sébastopol et Vladivostok à la Russie, le 20 janvier 2015 au Centre Atlantia de La Baule-Escoublac (Loire-Atlantique). Audio : Fabien Foy.

C’est très simple. Je l’analyse [la non-livraison des BPC Sébastopol et Vladivostok] évidemment comme vous. Évidemment, Hollande a cédé aux pressions américaines. D’ailleurs, il l’a compris lui-même. Il essaie désespérement de faire machine arrière. Il essaie de se rapprocher de Poutine tout en n’offusquant pas le maître américain. Vous savez, à partir du moment où Sarkozy nous a ramené dans l’alliance militaire de l’OTAN – décision, d’ailleurs, qu’avait préparé Chirac lui-même, j’explique tout cela dans le livre [Le Suicide français] – [il a fait revenir la France dans une structure qui] contrairement à ce que l’on dit, est très pyramidale. Les officiers français, quand ils sont en Afghanistan [ou] ailleurs, quand il y a l’armée américaine, ils demandent leurs ordres aux officiers américains. C’est comme cela que ça se passe. Donc, c’est bien pour cela que de Gaulle avait enlevé la France de la structure militaire intégrée [de l'OTAN]. D’ailleurs, il parlait de « protectorat américain ». Ce qui ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir évidemment des cercles de rencontre entre des dirigeants français et américains. Nous sommes alliés. Mais là, nous sommes tout le temps sous la pression américaine. On l’a vu avec les entreprises françaises, avec la BNP qui est condamnée, avec (…) Alstom qui est vendue sous pressions de poursuites judiciaires. Tout ça, ce sont des pressions permanentes. Les Américains font ça très bien et très habilement. Et évidemment, vous avez raison, en ne livrant pas les Mistral, nous cédons à la pression. J’ose espérer, si vous voulez, que (…) les Européens essaient de se rabibocher avec Poutine sans rompre avec Washington – c’est un travail de dentelière – mais, si cela se calme, j’espère bien que l’on va livrer les Mistral.

Vous savez, moi, je vais être encore plus clair avec vous, monsieur, je suis un nostalgique éternel de l’alliance franco-russe. Et je ne parle pas seulement de [19]14, pour moi, la grande alliance franco-russe, c’est 1808. J’ai découvert récemment que Louis XV a failli épouser la fille de Catherine II de Russie, et que ces imbéciles de ministres de l’époque, de favoris [d'un] Louis XV qui était encore enfant, ont balayé cette hypothèse-là bêtement. Donc vous voyez, moi, je pense que quand la France est alliée de la Russie, on est tout de suite plus puissants, on est tout de suite indépendant des États-Unis, de l’Angleterre, et l’on peut avoir une politique européenne intelligente. Voilà. Donc, vous imaginez ce que je pense de la non-livraison des Mistral. »

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Nous n’armons pas Poutine, nous protégeons Saint-Nazaire

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Les évolutions désastreuses du contrat des BPC Mistral, érigé en dossier médiatique de l’été 2014, ont amené les nôtres, qui soutiennent depuis le début la vente à la Russie (Jean-Claude Blanchard écrivait déjà à ce sujet en mars 2014) à constamment préciser leur position. Les mois passant, celle-ci s’est même considérablement affinée, prenant en compte une vision globale et chiffrée des choses, tant économique que diplomatique, géostratégique, identitaire et culturelle : nous estimons que Saint-Nazaire et la France auraient tout à perdre à annuler cette vente, avançant une multitude d’arguments, du plus quantifiable au plus affectif.

Avec le temps, les soutiens de notre vision des choses sont également devenus plus nombreux. D’un groupe de quelques personnes, nous sommes devenus quelques centaines, et nos élus, militants et sympathisants ont œuvré de bon cœur et en bonne intelligence dans la dynamique estivale de « Mistral, gagnons ! », aussi bien en tant que comité de réflexion relativement à la défense de nos intérêts industriels et commerciaux que par notre participation massive (plus d’une centaine de personnes) à la manifestation du 7 septembre dernier à Penhoët, devant le Vladivostok.

Et pourtant, nous ne pouvons pas – c’est l’évidence – rallier tout le monde à notre point de vue. La propagande antirusse demeure forte, et, ce qui nous chagrine, épouse les contours du mépris de la France. À cet égard, un argument nous est souvent opposé, voulant que, dans le contexte de la crise russo-ukrainienne, en Crimée puis dans le Donbass, les BPC actuellement en fin de construction aux Chantiers STX de Saint-Nazaire puissent servir d’arme d’invasion, si la crise devenait guerre, et que Vladimir Poutine devenait envahisseur.

Que les BPC – bâtiments de projection et de commandement – soient des armes de guerre, personne ne le nie, nous non plus, car tout est dans le nom de « se projeter » et de « commander ». Cela revient à une lapalissade… Expliquer que le Vladivostok et le Sébastopol serviraient comme arme de guerre dans le cadre d’une potentielle invasion de l’Ukraine relève en revanche plus que de l’hypothèse : cela traduit une méconnaissance totale du potentiel militaire russe.

Dans un entretien accordé le 4 septembre 2014 au journaliste britannique Henry Ridgwell pour Voice of America, Jean-Claude Blanchard indiquait à juste titre ne pas le croire. Selon lui, « si la Russie voulait être belliqueuse avec qui que ce soit, elle [n’a pas] vraiment besoin de ces bateaux. (…) Les forces navales russes sont déjà bien équipées. » L’intuition était bonne, et mieux, les chiffres la confortent pleinement. En cela, nous disons que deux porte-hélicoptères de plus ou de moins dans l’arsenal russe pèsent d’un poids tout à fait négligeable, quand les activistes pro-ukrainiens hostiles à la livraison des BPC, No Mistrals for Putin (Pas de Mistral pour Poutine) la tiennent pour un élément décisif, point de bascule d’une déclaration de guerre pour le moment tout à fait incertaine.

Entendons-nous, précisément, sur les chiffres. Que représentait, en 2013, le potentiel militaire de la marine russe, deuxième derrière les États-Unis ? (3 millions de tonnes, ce qui éclaire au passage sur la militarisation des uns et des autres). La marine militaire russe (2,1 millions de tonnes) se décompose de la sorte :

  • 400 aéronefs,
  • 79 bâtiments de combat littoral,
  • 44 bâtiments anti-mines,
  • 24 sous-marins nucléaires d’attaque,
  • 20 pétroliers-ravitailleurs d’escadres,
  • 19 bâtiments de débarquement de chars,
  • 15 destroyers lance-missiles,
  • 11 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins,
  • 8 frégates lance-missiles,
  • 5 croiseurs lance-missiles,
  • 3 navires-hôpitaux,
  • 1 porte-avions.

Il est certes vrai de dire qu’avant la construction du Vladivostok et du Sébastopol, la Russie ne disposait pas au sein de sa flotte navale de porte-hélicoptères. Cependant, ces deux bâtiments, s’ils étaient livrés, ne pèseraient que d’un poids extrêmement relatif : 0,3 % de sa flotte, et 2,2 % de son tonnage. On nous parle d’un point de bascule, pouvant changer l’issue d’un conflit régional. Mais l’on découvre la consolidation anecdotique de ce qui était d’ores et déjà, et depuis plus d’un siècle, l’une des plus puissantes marines au monde…

Nous avons d’autant plus la conscience tranquille en précisant par des preuves chiffrées une pensée qui dépasse maintenant l’intuition du bon sens. Les membres du comité Mistral, gagnons ! peuvent donc avoir la certitude d’être dans le vrai depuis le départ. La lucidité était de notre côté. Nous n’armions pas Poutine. Nous protégions Saint-Nazaire.

Gauthier Bouchet

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Vogue le Smolny, loin du marais aux crocodiles

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Ça y est.

Les quatre cents marins russes présents depuis le 30 juin dernier à Saint-Nazaire vont repartir d’ici quelques jours dans leur pays, pour passer les fêtes de Noël en famille. Leur formation est terminée, sur des bateaux dont la livraison reste suspendue aux pressions internationales, et le pouce levé des Obama, Merkel, Cameron…

L’accueil fut froid, voire glacial. Il y eut de l’indifférence, et parfois du rejet. Ce qui fut promis ne fut tenu. Sur quatre mois de présence, il y eut quinze minutes de protocole. D’aucuns laissèrent presque entendre qu’ils dérangeaient. La ville d’accueil, qui avait célébré l’Europe en mai, ne fit rien de particulier pour la Russie, cette mauvaise part d’Europe. Ces hommes furent les bêtes de foire de médias-vautours. Certains mots détestables furent prononcés. On garda le souvenir d’indicibles insultes. Poutine fut convoqué. Notre principal porte-parole devint « Poutler ». Il le devint parce que fascisme et nazisme furent ressuscités. Mais la Russie soviétique avait pourtant donné dix millions de ses fils contre Hitler ; parmi eux, les ancêtres de ces marins. Une minorité bruyante s’arrogea le monopole d’une parole brouillonne, pleine de raccourcis, d’une bêtise sidérante, d’une haine antirusse, et sans le dire, de politique. En face, la majorité taiseuse fut accusée, en plus du crime de patriotisme, de celui d’être de la chair à politiciens, militants endoctrinés – et avinés si possible… – alors qu’il y eut parmi les Nazairiens favorables à la livraison de bateaux construits par nos ouvriers, beaucoup d’ouvriers d’ailleurs, mais encore de non-encartés, d’indépendants. Etc., etc. Les excès de langage et de geste contre les marins russes en formation à Saint-Nazaire furent innombrables.

Il n’y eut guère que le comité Mistral, gagnons ! et ses discrets relais citoyens – eux Nazairiens « de souche » – pour ne pas livrer l’honneur de ces hommes à tous les crocodiles venus festoyer, bouffer du Russe. Russe ou pas Russe, nous choisissions, au-delà, de défendre le principe de livraison des Mistral Vladivostok et Sébastopol, certains d’un triple-argument, l’argument économique, le diplomatique… et celui de n’avoir aucun droit de regard sur le dirigeant de la Fédération de Russie, État souverain ! Cependant, nos appels à livrer ne manquèrent pas d’être couverts par le bruit de ces gros reptiles, dont le sang restait froid face aux menaces de chômage, mais bouillait par principe contre la Russie.

Tout cela, ce n’était ni la France, ni Saint-Nazaire… Nous aimerions tant en convaincre les hommes qui partent maintenant rejoindre un pays où le patriotisme n’est pas un choix, mais la valeur cardinale de toute vie. Que vont t-ils désormais penser de la France ? Que raconteront-t-ils à leurs proches sur notre pays ? Le pire est à craindre. Et le récit de l’exception française, qui fait si souvent merveille à l’étranger, ne sera sans doute pas au rendez-vous.

La France incarne encore à ce jour, nous voulons le croire, l’un des plus lumineux phares des civilisations humaines, terni cependant dans son éclat par d’irrationnels désirs, d’être plus vivante demain en étant plus faible, de se donner tous les moyens conscients de mourir, pour espérer exister, d’être encore soutenue, bordée, payée par d’autres pour disparaître un peu plus vite. D’autres Nations incarnent des phares plein de vie, sûrs d’eux-mêmes et de leur destin nouvellement conquis de haute lutte, quand le phare français décline par dégoût de la saine puissance, assimilée à la seule tyrannie. Nous croyons pour notre part à la possible et nécessaire existence d’autres phares pour guider sous leurs paisibles lumières vers tel ou tel chemin, d’autres peuples.

La Russie incarne l’un de ces nouveaux pôles lumineux d’un monde dont nous aspirons qu’il soit plus équilibré dans sa diversité recouvrée de cultures, de langues, de coutumes, de civilisations. La coopération commerciale et industrielle participe naturellement de ces lumières, plus ou moins tamisées, plus ou moins fortes, des échanges culturels aux synergies énergétiques et spatiales, des grandes compétitions sportives aux échanges universitaires et scientifiques, de l’amitié entre les Nations aux axes diplomatiques communs.

C’est cela, la lumière des Nations, que ces hommes rapportent dans chaque cabine.

Vogue le Smolny. Adieu !

Le bureau Mistral, gagnons !

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Poussières d’espoir dans le ciel gris de Saint-Nazaire

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Heureux événement pour la Navale ! Heureux événement pour Saint-Nazaire ! Une lette d’intention concernant la commande, pour les Chantiers STX, de deux bateaux de croisière, et représentant 11 millions d’heures de travail, a en effet été signée la semaine passée. Pour les salariés des Chantiers, c’est un heureux événement !

Attendons désormais de voir la concrétisation financière de ce contrat, et, plus important encore, le nombre de chômeurs nazairiens et ligériens qui profiteront de cette commande.

Espérons, de même, que ce contrat ne profitera pas seulement à des travailleurs expatriés…

Jean-Claude Blanchard
coanimateur de Mistral, gagnons !

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BPC Mistral : Saint-Nazaire dans l’attente

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Article du Télégramme du 25 novembre 2014

Hier, l’Élysée a fait savoir que François Hollande désirait, au vu de la situation ukrainienne, surseoir « jusqu’à nouvel ordre » à la livraison du Vladivostok, le premier Bâtiment de projection et de commandement construit (BPC) pour la Russie. Il y a encore quelques heures, l’agence russe d’information Interfax, citant des sources diplomatiques et militaires, avait annoncé le départ du Vladivostok pour le 27 ou le 28 novembre. Selon ces sources, les 400 marins russes, arrivés à Saint-Nazaire depuis le 30 juin pour se former à ce nouveau bâtiment – et hébergés sur un navire école, le Smolny – auraient été autorisés à y transférer leurs affaires personnelles. En tout cas, lundi après-midi, d’après ce que nous avons pu constater, ils étaient nombreux à monter à bord du nouveau BPC. Autre détail qui laissait présager un départ imminent, le changement de place du Vladivostok, dans la nuit de samedi à dimanche. Il a quitté les quais du constructeur STX pour laisser la place au Sébastopol, deuxième Mistral commandé par la Russie. Il mouille désormais dans la forme d’écluse Joubert. Une simple porte le sépare maintenant de l’estuaire de la Loire et du grand large.

« On voit moins les marins en ville »

« Ça ne m’étonnerait pas qu’ils larguent les amarres ces jours-ci, témoigne, lundi, le patron du Brésil, un café de l’avenue du Penhoët qui longe les quais nazairiens. Les Russes se font plus discrets depuis quelques jours. En tout cas, c’est des gars vraiment sympas, poursuit-il en préparant ses kebabs. Ils viennent ici pour se détendre, manger un bout. On discute grâce aux portables, par les sites de traduction immédiate. » Même avis au commissariat. « Pour nous, c’est comme s’ils n’étaient pas là, témoignent des policiers. Ils sont très discrets et ne posent pas de problèmes. Ils doivent être bien encadrés. » Laurent Dupont, trésorier de l’Union des commerçants de Saint-Nazaire tire, lui aussi, un bilan très positif de la présence des jeunes Russes. « Saint-Nazaire est une ville paisible où les gens, de par l’activité du port, sont habitués à un certain cosmopolitisme. Aujourd’hui, ce sont les Russes. Demain, ce sera les Italiens avec les paquebots. À chaque fois, c’est une nouvelle page qu’on tourne. »

Pas de tapis rouge en mairie

Pour ce responsable d’un hôtel du centre-ville, cette présence est bénéfique pour le commerce local. « Avant l’arrivée du Smolny, je travaillais déjà beaucoup avec les Russes. On hébergeait les délégations et les responsables du suivi du projet. » Reste que cette présence de 400 militaires russes à Saint-Nazaire n’est pas des plus évidentes pour tout le monde. Surtout depuis que, sur fond de guerre en Ukraine, le blizzard de la guerre froide souffle à nouveau sur les relations diplomatiques franco-russes. Avant que ces tensions n’éclatent au grand jour, la mairie avait prévu des animations à destination des Russes. Programme qui n’a pas abouti. « Effectivement, la ville a mis à disposition un certain nombre d’équipements sportifs pour les militaires mais on en est resté là, déplore Jean-Claude Blanchard, conseiller municipal FN à Saint-Nazaire. La réception officielle s’est limitée à un entretien d’un quart d’heure, à l’hôtel de ville entre le maire et les capitaines des bateaux ». Jean-Claude Blanchard avec d’autres figures frontistes locales a créé, il y a quelques mois, une association baptisée Mistral, gagnons !. Son but : protéger l’industrie nazairienne et « défendre la liberté de commercer avec qui l’on veut ». Il dit n’avoir reçu aucune consigne des instances nationales du FN qui entretiennent de très bons rapports avec Moscou. Mais aussi avec une banque russe qui, en septembre, a octroyé au FN un prêt de 9 millions d’euros.

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